Emporté par un mal rapide et implacable, le Dr Don Pierre Moracchini est décédé le 28 janvier dans une clinique bastiaise. Il avait tout juste dépassé la soixantaine. On se souviendra de lui comme d’un homme brillant à divers niveaux. Après des études menées au pas de charge à la faculté de médecine de Paris et alors que s’ouvraient devant lui les portes du professorat, il plia brusquement bagages et mis le cap sur la Corse. Coup de tête ou coup de cœur ? Toujours est-il qu’à la renommée qui lui était promise il choisit un modeste cabinet à la périphérie de Bastia où, pendant des années, il s’attacha à soulager, souvent avec succès les petits et les grands maux de patients ordinaires qui lui vouèrent admiration et reconnaissance et le lui montrèrent à diverses occasions. Mais en dehors de l’exercice de la médecine, Don Pierre Moracchini, servi par une mémoire infaillible, avait exploré, sans l’ombre d’une défaillance, les terres fertiles de la littérature parcourues par des courants qu’il décelait avec une facilité déconcertante. Et sur ces terres-là il était vraiment difficile de le prendre en défaut. Les lecteurs du JDC n’ont pas encore tout à fait oublié les « clins d’œil » qu’il leur adressait chaque semaine dans un style débridé, riche de formules à l’emporte-pièce, quelquefois impénétrables, toujours surprenantes. Pendant quelques années il leur offrit la richesse de son vocabulaire, qu’il tricotait à loisir jusqu’au débouché d’incroyables images de nature à provoquer le ravissement. Ses amis, et ils étaient nombreux, vont longtemps cheminer à ses côtés sur les allées du souvenir. Même ceux à la mémoire courte qui feront en sorte de lui réserver une petite place dans un coin d’âme pour l’empêcher de sombrer dans le néant.
A.P.