Nous vivons dans un monde de plus en plus dangereux. L’édredon médiatique tend à nous le cacher et à résumer les menaces à quelques épouvantails.
Notre vie quotidienne dans notre petit monde nous intéresse au plus haut point. Les médias, y compris celui que vous êtes en train de lire, ne font pas grand-chose pour nous ouvrir à autre chose. Au contraire, ayant compris que nous avons le regard rivé sur notre nombril, nos charentaises, notre coin de jardin, notre bout de rue et notre clocher, ils rivalisent de proximité et de vie pratique. Ils nous inondent d’informations sur tout ce qui nous entoure. Ils nous submergent de tous les conseils possibles et imaginables censés nous faciliter la vie. Les médias nationaux privilégient les informations concernant le territoire national. Plus la mondialisation progresse, plus notre horizon se limite aux frontières de notre pays ! Les grands enjeux internationaux sont de moins en moins traités. Nous savons tout sur la mauvaise insonorisation de l’appartement 4 de l’étage 14 de la tour 24 (photo) de la bonne ville de La Courneuve dans le 93, mais seules quelques fenêtres s’ouvrent sur le reste du monde. Sur ces mêmes médias, se multiplient les informations nous apprenant à prendre soins de notre corps, de nos états d’âme, de notre mari, de notre femme, de nos enfants, de notre famille, de nos amis, de nos animaux domestiques, de notre argent, de notre maison, de notre jardin, de notre environnement. Aussi, nous devenons incollables sur des questions aussi vitales que les verrues plantaires, le débouchage d’un lavabo ou le coût annuel de notre consommation de confitures d’abricots. Je vous fais grâce du détail de l’invasion de la proximité et de la vie quotidienne dans les médias locaux. Il est des jours où en ouvrant le journal ou en utilisant la télécommande de la télé, il me semble entrer chez mon voisin et partager sa vie quotidienne...
Un effrayant bouillon
En revanche, sauf à nous faire peur en agitant quelques épouvantails, ces médias jouent à l’édredon. Ils relativisent que - pas très loin de chez nous, au sein de peuples qui nous sont proches et dont nous comptons même des composantes sur notre sol - le profit, l’impérialisme, la misère, l’intégrisme religieux et le nationalisme font monter en température un effrayant bouillon de menaces et de conflits. En effet, d’Ankara à Karachi et Kaboul, en passant par Beyrouth, Damas, Bagdad, Téhéran et le Golfe persique, tous ces fléaux assaillent les pays et les peuples. Au Pakistan, puissance nucléaire, l’effroyable attentat qui avait visé Benazir Bhutto laissait craindre que le pays sombre dans le chaos. En Afghanistan, ni les dollars, ni les troupes occidentales et leurs alliés locaux, ne parviennent à stabiliser la situation. Au contraire, chaque année, Talibans et trafiquants d’opium gagnent du terrain. Plus proche de nous, la Turquie menace d’intervenir militairement dans la partie irakienne du Kurdistan. Voilà qui ne devrait pas aider à rétablir la paix en Irak où les communautés sont au bord de la guerre ouverte. Juste à côté, au Liban, l’environnement conflictuel risque de faire éclater une paix bien fragile. Celle-ci est d’ailleurs déjà lacérée par les attentats meurtriers ayant visés des figures politiques et médiatiques. Quant aux monarchies du Golfe, elles tremblent. Elles savent qu’elles pourraient bien être emportées par le cours des événements. J’oubliais la Syrie avec le génocide conduit par Bachar el-Assad pour se maintenir au pouvoir et la Palestine où, sous le couvercle israélien, la haine trouve matière à prospérer. Bien sûr, derrière nos frontières encore solides de l’espace européen, dans nos sociétés encore très bien organisées et avec les beau restes de nos acquis sociaux, la montée en température des menaces et des conflits reste un danger lointain et impalpable. Mais cela risque de ne pas durer. Désolée de vous déranger. D’ailleurs, déjà, quand nous faisons le plein, ce monde dont nous occultons la réalité, se rappelle à nous...
Alexandra Sereni