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De l’exploitation des archives et données

jeudi 7 juin 2012, par Journal de la Corse

L’époque n’est plus à l’oubli. Preuve en est les promesses électorales du début de quinquennat de Nicolas Sarkozy qui refont surface en un clic. Entre autres. Si le « droit à l’oubli » est devenu un thème de combat juridique et sociétal, le « devoir de mémoire », la liberté d’expression, le « droit de savoir » peuvent aussi s’avancer en contre-argument. Le cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie a aussi révélé toute l’importance des archives qui sortent de l’ombre. Comme un pan de mémoire qu’un amnésique retrouverait.

Témoignage instantané

Qui n’a jamais éprouvé du plaisir, ressenti une certaine émotion à feuilleter de vieux albums de famille, à retrouver une photo d’époque ? Les photos d’Ange Tomasi, cet infatigable « photographe sillonneur » des villages et sentiers insulaires, sont autant de témoignages d’une certaine façon de vivre en Corse dans l’entre-deux guerres. Les cartes postales d’antan ont aussi beaucoup de succès, comme celles de Jean Moretti, Gatti, Giudicelli, Broger, Silvestri... Avec l’avènement du numérique et des réseaux sociaux facilitant leur diffusion et leur stockage, ce sont des millions de clichés qui sont exposés au quotidien hors des lieux conventionnels et des cadres culturels, avec des appareils de toutes sortes. Dans le virtuel, la photo d’amateur côtoie sans complexe celle des pros et fournit un instantané sur la société contemporaine. Comme une lutte permanente contre l’anonymat. Qui a dit que la société spectacle se cantonnait à la télé réalité ? Ça reste à voir, et cela se donne à voir.

De l’histoire à l’Histoire

Pour autant, toutes ces images non gérées, disponibles 24h/24 et 7 jours/7 ne constituent qu’une mémoire en vrac, totalement anarchique qui ne sont que des documents, qui peuvent devenir documentaires lorsqu’elles retrouvent du sens. Car c’est bien là le travail des historiens, archivistes, documentalistes et documentaristes : redonner du sens à toutes ces archives. Ne serait-ce que par la nomenclature, l’indexation, le légendage. Redonner la chronologie, le contexte, tous les éléments qui permettent de dater et ancrer l’image et la donnée dans l’Histoire. Toutes les célébrations du passé qui nous sont données à voir et revoir peuvent avoir cette qualité parce qu’il existe ce travail de fourmi d’archivage, de stockage, d’ordonnancement de ce fouillis de données, qu’elles soient publiques ou privées. Et les généalogistes ne se trompent pas. Surtout ceux qui doivent régler les indivisions, l’archive, lorsqu’elle est bien renseignée, constitue une preuve. D’où la question de l’accès aux archives, de leur exploitation, voire de leur détournement. Ou de leur sur-exploitation, comme cette « madone des décombres » drapée d’une couverture, Yuko Sugimoto, jeune femme japonaise au regard perdu au milieu d’un paysage de chaos, qui a représenté les dégâts provoqués par le tsunami du 11 mars 2011 au Japon, également symbole de la catastrophe nucléaire de Fukushima. L’image comme valeur-symbole.

Archives et données

Le débat concernant les archives tient aussi à ce que lorsqu’elles sont montrées ensemble pour devenir une oeuvre n’ont pas valeur de vérité. Selon ce qu’on leur fait dire, les archives ne sont pas indiscutables. Comme les livres d’Histoire, d’ailleurs… Qu’on se souvienne de l’affaire Wikileaks, ce site web qui publie des documents ainsi que des analyses politiques et sociétales et qui avait rendu publics des documents confidentiels, classés secret défense. La valeur de la donnée brute, sans analyse, sans esprit critique, ne vaut pas grand-chose. La donnée en tant que telle n’a de valeur que si elle est utile et utilisée. D’où le combat populaire des Anonymous, ces « hacktivistes » de tous horizons, y compris en Corse, qui se présentent comme des défenseurs du droit à la liberté d’expression sur Internet et en dehors. L’enjeu des données n’est pas sans échapper aux gouvernements, parce que ces fameuses data ne sont pas dépourvues de toute valeur. Loin s’en faut. Open or not open data ? Tout dépend du retour sur investissement, répondent les entreprises. Une chose sur laquelle s’accorde l’Union européenne, puisqu’elle veut rendre les données publiques accessibles à tous. La numérisation et la mise à disposition de toutes les données publiques pourraient ouvrir de nouveaux marchés aux développeurs d’applications. Si le temps, c’est de l’argent, les données aussi !

Maria Mariana

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