Les inaugurateurs de chrysanthèmes Les morts succèdent aux morts et les hommes chargés de la sécurité se cantonnent désormais à inaugurer les chrysanthèmes en nous assénant quelques constatations dignes du café du commerce. Quant à nos élus, ils gardent un silence prudent alors même qu’un mot, un seul devrait être prononcé : « Assez ». Des vocations ratées Il y a chez le procureur (JIRS) comme chez le préfet Leclair des retours de vocations ratées : chroniqueurs de pompes funèbres, journalistes rubrique nécrologie. Le problème est que leur métier serait plutôt d’empêcher les assassinats plutôt que de les commenter. Force est de constater que la JIRS comme la police locale échouent au quotidien dans leur mission si on en juge par la succession d’assassinats qui endeuillent notre île depuis des années. Il n’y aurait d’ailleurs rien à dire si régulièrement les magistrats de la juridiction spéciale et les officiels ne venaient vanter l’efficacité de leurs structures. Tout récemment, le dernier incarcéré de l’affaire Castola était mis en liberté achevant ainsi la feuille de route suivie par la JIRS et induite par un témoignage sous X. Tout ça pour ça serait-on tenté de dire s’il n’y avait à la base mort d’hommes. Chronique d’une mort annoncée Antoine Nivaggioni a été assassiné à l’endroit où, il y a cinq mois, plusieurs individus avaient déjà tenté de le tuer. Une plainte avait été déposée mais très vite la rumeur entretenue par on ne sait qui avait laissé entendre que la victime aurait inventé l’histoire pour on ne sait trop quelles raisons. Néanmoins la JIRS s’était auto saisie du fait. Pour le coup, sa mort pose plus de problèmes qu’elle n’en résout. Antoine Nivaggioni était l’ami intime d’Alain Orsoni. Il travaillait à ses côtés à l’ACA et il se voyait au quotidien. Or Alain Orsoni est surveillé comme le lait sur le feu par les policiers de la JIRS. La maison de sa mère, son véhicule sont sous surveillance auditive. Les alentours de Veru sont surveillés à l’aide de microcaméras et bien entendu son téléphone et ceux de ses proches sont placés sur écoute. Qui peut croire un instant, dans de telles conditions, Antoine Nivaggioni, l’ami, presque le frère, n’était pas lui aussi l’objet de toutes les attentions policières d’autant qu’il avait été mis en examen dans l’affaire de la SMS ? Par ailleurs, cet homme, menacé de mort, n’aurait-il pas dû bénéficier des protections nécessaires. Or il semble que rien de tel n’ait été mis en place. Au point que les tueurs n’ont fait que rééditer leur première tentative pour cette fois-ci la réussir. C’est au mieux une faute au pire un crime. Car il court le bruit que les autorités policières savaient qu’il se tramait quelque chose et qu’elles ont tout simplement oublié de prévenir le premier intéressé. À vérifier. Une liste d’assassinat inscrit sur un PV J’ai la conviction qu’Antoine Nivaggioni a été assassiné pour son rôle supposé dans la longue série de meurtres ajacciens. Et j’écris bien « supposé » car dans cette sinistre affaire, le fantasmatique le dispute à la réalité autant chez les voyous que parmi les magistrats sommés d’obtenir des résultats. La feuille de route de la JIRS et celle des tueurs se confondent en un seul et même document : le témoignage sous X donné à un OPJ à Nanterre et abondamment diffusé sous le manteau. Ce document, dont certains passages sont contradictoires, désignait Antoine Nivaggioni comme l’un des instigateurs de l’élimination d’un certain nombre de membres de la bande dite du Petit Bar. Ce document et l’attitude de la justice qui semblait y accorder un crédit majeur mettaient en danger de mort ceux dont les noms étaient inscrits sur ce funeste document. La rumeur a fait le reste. Assez Les premiers responsables de ces tueries sont évidemment les assassins. Notre culture vindicative porte les germes de ces comportements qui sont devenus l’une des premières causes de mortalité parmi les jeunes Corses. C’est tout simplement inacceptable et on peut s’étonner de ce que la classe politique insulaire ne prenne pas la dimension du drame qui se joue devant nous. Jusqu’à nouvel ordre, Marie-Antoinette Brunelli-Santoni a été l’une des rares conseillères territoriales à s’élever contre cette loi du sang versé. Les assassinats en Corse ne sont hélas pas chose nouvelle. Mais jamais, il n’a existé une telle apathie, une telle perte de repères. Le public constate lui aussi et attend la prochaine victime. Soyons certain que les grands gagnants de cette neurasthénie collective seront la grande voyoucratie. Quant aux juges et aux policiers, ils feraient un bien mauvais calcul dans le cas où ils compteraient sur la loi du sang pour effacer leurs propres échecs. La victoire actuelle est du côté de la mort alors que la justice devrait être l’outil de la vie. Mais, en définitive, c’est à nous Corses de crier notre refus de ces comportements archaïques qui détruisent notre peuple. Il faudrait que ce soit une protestation unanime et sincère qui montre aux tueurs qu’ils sont rejetés par leur propre communauté. Alors peut-être la justice aurait-elle enfin les moyens d’agir sereinement, efficacement évitant les lamentables effets d’annonce des juridictions d’exception et leur absence totale de résultats. GXC