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CHRONIQUE La Corse de demain…

mardi 21 décembre 2010, par Journal de la Corse

Un récent document de l’INSEE présente un tableau de la France de 2040, une France forte de 73 millions d’habitants. Plusieurs régions tirent leur épingle du jeu notamment celles du Sud et de l’Ouest. L’Île-de-France continuera son très lent déclin. Pus surprenant l’Auvergne et le Limousin bénéficieront de débordements urbains. Quant à la Corse, elle aura bien du mal devenant la région la plus âgée de France mais aussi la plus pauvre.

Une île âgée et peu performante

La Corse devrait voir sa population augmenter d’ici 2040 et atteindre les 340.000 habitants ce qui représente un taux d’accroissement qui se rapproche de la moyenne nationale. La Guadeloupe et la Martinique subiront le même phénomène mais en partant de beaucoup plus loin. Le scénario serait inverse pour la Guyane et la Réunion qui devraient bénéficier d’une croissance record. Ainsi allons-nous détrôner le Limousin qui lui, au contraire, va subir l’effet bénéfique du débordement urbain. L’insularité montre là toutes ses limites. En 2040, la moyenne d’âge de la Corse devrait être de 48,9 ans contre 43,6 pour la France entière. Pour l’INSEE deux raisons à cela : la sureprésentation aujourd’hui de quadragénaires et de quinquagénaires qui vieilliront là, et l’attractivité de ces régions une fois venu l’âge de la retraite. Ajoutons-y le retour des Corses retraités et l’installation de continentaux. De surcroît la Corse est à l’aune des autres régions méditerranéennes, certes attractives mais pas pour les jeunes. Au niveau national, le nombre de 60 ans et plus devrait progresser de 67% pour atteindre 22,6 millions en 2040 contre 13,5 millions en 2007. Les personnes âgées de 80 ans passeraient de trois à sept millions pour représenter 10% de la population, voire 12,6% en Limousin et en Corse. Le nombre des moins de 20 ans ne devrait en revanche augmenter que dans la moitié des régions. C’est dans les régions à forte croissance qu’il augmentera le plus.

Le choc des générations

Qu’on le veuille ou non, dans un contexte où les liens traditionnels ont disparu, le vieillissement de la population va engendrer un choc de générations. Il était frappant de constater que durant le mouvement des retraites, les jeunes entraient en lutte afin de récupérer les emplois que l’allongement de la durée de travail risquait de leur retirer. Le coût de la dépendance, la difficulté à adapter la retraite par répartition, risque fort d’aboutir à un résultat terrible : comme au Japon, comme aux États-Unis, les retraités vont être ressentis comme une charge de plus en plus insupportable pour une population jeune et laborieuse. Imaginons seulement une Corse en majorité âgée (plus de cinquante ans), et de ce fait, soumise à un rythme biologique beaucoup plus lent, confrontée à des jeunes qui se sentiront en pleine condition mais bridée par un monde de vieux. Qu’en sera-t-il quand il faudra aborder de manière frontale le problème de la retraite des fonctionnaires territoriaux dont une part sera à la charge des régions ? Bref si nous ne commençons pas à réfléchir à ce problème maintenant il nous explosera à la figure sans que nous y soyons préparés.

Une violence qui signale un mal être

On peut toujours aborder la question de la violence corse sous l’aspect moral ou répressif. Cela n’aura aucun résultat. Celui qui tue ne se pose la question de savoir si son geste est bien ou mal. Quant à la répression, elle montre aujourd’hui ses propres limites. Lorsque des personnes âgées tirent sur des proches pour des raisons a priori futiles, lorsque les gamins sortent le soir calibrés et camés, le problème n’est plus celui d’individus mais d’une société toute entière. Posons-nous la question de savoir si notre cadre de vie, en apparence idyllique, correspond à celui que désire notre jeunesse ? Bien vivre ensemble signifie que toutes les classes d’âge vont devoir apprendre à se côtoyer et s’accepter. Cela exige des sacrifices de part et d’autre. Or force est de constater que nous ne savons pas nous parler. Je ne sais pas si un tel dialogue a un jour existé. Mais hier les structures villageoises et familiales favorisaient la promiscuité et donc l’acceptation générationnelle. Les plus anciens étaient respectés pour leur connaissance du passé et donc la détention d’un savoir. Les métiers eux-mêmes permettaient de tels relais. Aujourd’hui, la mutation extraordinairement rapide des connaissances, la conception même des métiers que l’on veut à tout prix rémunérateurs, ont cassé ces passerelles. La violence qui tue est différente de celle d’hier. La Corse a toujours été terre de violence. Le problème est que cette violence primitive se heurte au besoin de sécurité des citoyens et qu’elle désordonne le peu de cohérences qui nous reste.

Redonner du sens à la vie

On me pardonnera de répandre un message simple comme l’évangile. Mais si nous n’apprenons pas à nous respecter pour ce que nous sommes et non pour ce que nous voudrions que l’autre soit, notre société est condamnée à périr. C’est vrai pour la Corse mais aussi pour l’humanité. On peut toujours pour des raisons électorales agiter le bâton, promettre les galères aux nuisibles. C’est inutile et cela devient un fonds de commerce. La Corse devrait apprendre à aimer ses personnes âgées comme ses jeunes. Nous pourrions avec de la volonté faire de notre terre un lieu d’accueil pour les plus anciens, les plus démunis. La société occidentale a besoin de structures d’accueil pour ceux qui achèvent leur existence. Pourquoi la Corse n’utiliserait-elle pas ce qui lui reste de cette humanité villageoise pour se spécialiser dans ce domaine ? Nos jeunes pourraient apprendre à s’occuper professionnellement des personnes âgées. Beaucoup sur le continent sont demandeurs. Cela nous permettrait de dégager les fonds nécessaires pour nos propres personnes âgées. C’est une idée comme ça. Mais l’homme est heureux dans le service de l’autre et non dans la recherche de son seul profit. Voilà une manière de servir et d’en vivre.

GXC

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