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CHRONIQUE L’antiterrorisme français, un modèle du genre pour les États-Unis

jeudi 9 décembre 2010, par Journal de la Corse

Les télégrammes diplomatiques américains dévoilés par Wikileaks et traduits par le quotidien Le Monde, nous apprennent beaucoup sur la vision américaine du monde. Des centaines d’échanges ont traité de l’antiterrorisme et plus particulièrement de l’antiterrorisme français. De manière indirecte, la Corse est visée. Un espionnage planétaire Les États-Unis ont la réputation d’être égoïstes et peu connaisseur des autres pays de la planète. La lecture des télégrammes diplomatiques, dévoilés par Wikileaks démontre la fausseté de cette croyance. Chaque pays, chaque dirigeant est décrit au fil de cette correspondance avec une vérité et une liberté qui contrastent avec le mode opératoire français totalement courtisan et coincé. Les télégrammes démontrent aussi que les États-Unis, bien imprudents dans leur façon de conserver sans protection de pareils documents, entendent bien asseoir leur prédominance sur le reste du monde en se méfiant de tous et de tout. Pourtant, les diplomates américains se félicitent de la puissance de l’antiterrorisme français pour les caractéristiques que dénoncent justement les militants des causes humanistes tels que la Ligue des Droits de l’Homme. Ainsi la coopération policière et judiciaire avec les États-Unis n’a fait que se renforcer. Elle est qualifiée de "mature et étendue (…) largement hermétique aux bisbilles politiques et diplomatiques quotidiennes qui peuvent faire de la France un allié souvent difficile". Les Américains se félicitent des connaissances des agents français en matière de terrorisme maghrébin. Les Américains saluent le vaste maillage policier sur le territoire et la législation particulière en vigueur en France, qui offre aux magistrats spécialisés une latitude unique en Europe. Allelujah !Les critiques américaines Pour l’ambassade américaine "la communauté antiterroriste du gouvernement français est hautement professionnelle, mais insulaire et centralisée à Paris." Quant aux magistrats spécialisés, ils "opèrent dans un autre monde que celui du reste de la justice." Les Américains notent en s’en félicitant que la législation de la France en matière de terrorisme est unique en Europe. Celle-ci ne requiert que de simples soupçons, et non des preuves formelles, pour incriminer un individu. En France, "les critères de preuve pour conspiration terroriste sont bien plus faibles que ceux dans les autres affaires criminelles", résume la note. C’est exactement ce qu’écrivent la LDH et Amnesty International et ce que réfutent les autorités judiciaires françaises. On attend leur réponse à l’ambassade américaine. Le juge antiterroriste Jean-François Ricard, explique à un diplomate américain que les magistrats tels que lui, spécialisés dans l’antiterrorisme, bénéficient du "bénéfice du doute". C’est exactement ce qui est reproché à la 14e section du parquet et aujourd’hui à la JIRS cette autre entité spécialisée. Le juge Ricard, en veine de confidences, explique à son interlocuteur américain que dans le cas de Djamel Beghal, arrêté en 2001 et soupçonné d’un projet d’attentat contre l’ambassade américaine à Paris " les preuves [contre lui et ses complices] ne seraient pas suffisantes normalement pour les condamner, mais il estime que ses services ont réussi grâce à leur réputation."C’est exactement l’état d’esprit qui a prévalu au sommet de la république française quand il s’est agi de faire condamner le capitaine Dreyfus. La raison d’état a ses raisons que la raison commune ignore. Les juges Bruguière et Ricard indics des Américains Le juge Bruguière, bien connu en Corse, déjeune le 24 janvier 2005, à l’ambassade américaine. Sans complexe, il étale le secret de plusieurs instructions en cours. Les juges Bruguière et Ricard sont décrits comme des informateurs réguliers de l’ambassade américaine. Ailleurs cela s’appellerait de la forfaiture et de la trahison. Dans la France sarkozyste, c’est de la bonne intelligence. Le juge Ricard se vante avec le juge Bruguière d’être les seuls à pouvoir consulter les données brutes centralisées par les services de renseignement français… pour ensuite les confier aux Américains. Le juge Bruguière reluquait selon les Américains, le poste de garde des sceaux, ambition anéantie par son échec aux élections législatives à Villeneuve-sur-Lot. Les Américains ne l’oublient pas et le font nommer fin 2007 "éminente personnalité européenne" par les États-Unis et l’Union européenne, chargée de vérifier l’utilisation du réseau de transfert interbancaire SWIFT dans le programme américain de traque du financement du terrorisme (TFTP) avec à la clef une rémunération digne d’un président de la République. Dans un autre télégramme, il est indiqué que l’ambassade des États-Unis à Paris concentre "un des plus grands nombres de représentants d’agences gouvernementales américaines". "Plusieurs de ces agences jouent un rôle dans les relations remarquablement étendues entre les États-Unis et la France en matière de sécurité et de contre-terrorisme ». Le diplomate américain note que « les Français peuvent être assez irritables lorsqu’on leur donne l’impression qu’ils ont besoin d’être "entraînés", et mieux vaut éviter de leur donner des rôles de preneurs de décisions". La vision anglo-saxonne du « terrorisme » corse Ce qui évidemment atténue fortement le sentiment de sérieux distillé par ces télégrammes, est l’analyse que les Américains et leurs alliés font du terrorisme en France. En octobre dernier, ils lançaient un avertissement à leurs concitoyens par le truchement d’une note diffusée par toutes les ambassades américaines en Europe. « Les citoyens américains doivent se montrer particulièrement vigilants et prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer leur sécurité pendant leurs voyages ». Londres de son côté prenait le relais mettant en exergue la Corse. « Un certain nombre d’explosions, d’explosions manquées et d’autres attentats ont eu lieu ces dernières années en Corse ». Les autorités, qui ont auparavant averti que le nombre des attentats pourrait s’intensifier, estimaient que l’organisation nationaliste corse, le FLNC en étant le responsable. La raison de cette mise-en-garde : une maison de vacances détenue par des Britanniques avait été visée en janvier 2010. C’est ainsi que la Corse s’est retrouvée coincée entre le mouvement jihadiste mondial et l’Ira tout au moins aux yeux des Anglo-Saxons excellents peintres paysagers mais exécrables analystes.GXC

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