La situation n’a pas toujours été aussi dramatique. Au XXe siècle, le nationalisme arabe qu’il soit nassérien ou inspiré par le parti Baath, se définissait comme laïc Le massacre perpétré la veille de la Toussaint à Bagdad relève d’un processus d’éradication de la présence chrétienne depuis l’Egypte jusqu’aux confins orientaux de l’IraK. Entre le Nil et l’Euphrate, où sont nées les premières civilisations de l’humanité et les trois grandes religions monothéistes, des forces intolérantes et souvent assassines sont en action pour éradiquer les fidèles du Christ. Les intimidations et les exactions se multiplient et vont de plus en plus loin dans l’horreur. On s’oppose à toute forme de prosélytisme. On incite les Chrétiens à se taire ou à partir en usant de vexations administratives, de discriminations insidieuses, de législations et réglementations réduisant la liberté du culte. On les massacre. Le résultat est connu : les Chrétiens fuient de plus en plus nombreux et se réfugient en Occident. Même en Israël... Toutefois, des communautés chrétiennes sont moins menacées. Elles sont protégées par leur nombre (en Égypte), leur influence (au Liban) ou des régimes laïcs (en Syrie et en Turquie). En revanche, ailleurs, leur condition se dégrade. En Palestine, à Gaza et dans les autres territoires occupés, les Chrétiens sont menacés par la montée en puissance de groupuscules islamistes qui débordent le Hamas. Quant aux Arabes israéliens de confession chrétienne, ils sont considérés avec suspicion par la société israélienne. Au Liban, l’influence maronite se réduit au profit du Hezbollah chiite. En Irak, on l’a hélas vérifié ces jours derniers, l’Etat Islamique d’Irak, la branche locale d’Al-Qaïda, sème la terreur anti-chrétienne dans les régions de Bagdad et Mossoul en tuant des innocents et brûlant des églises. En Arabie Saoudite, seul l’Islam est admis. En Turquie, le kémalisme vacille. Faut-il pour autan, comme on l’entend trop souvent aux comptoirs de nos bars ou lors de repas de famille, incriminer tous les musulmans et les gouvernements en les accusant de se montrer éradicateurs, complaisants ou complices ? Rien n’est moins sûr. Les musulmans sont eux-mêmes les victimes de leurs fanatiques. Ainsi, à Bagdad, au massacre des Chrétiens perpétré dans une cathédrale, a très vite succédé celui des Chiites fauchés dans les rues par une dizaine de véhicules piégés. En outre, il est fréquent que des communautés musulmanes protègent des Chrétiens. Quant aux gouvernements, ils sont essentiellement préoccupés par la volonté d’éviter les affrontements. Ce qui les conduits à des lâchetés et des reculades. C’est le cas en Egypte où l’autoritaire Hosni Moubarak donne des gages aux Frères musulmans. Plus grave, une partie des partis chiites aux commandes en Irak, s’oriente vers une politique de non protection des Chrétiens et d’autres religions minoritaires. Pas des anges non plus... La situation n’a pas toujours été aussi dramatique. Au XXe siècle, le nationalisme arabe qu’il soit nassérien en Egypte ou inspiré par le parti Baath (en Syrie et en Irak) se définissait comme laïc. Influencés par le marxisme et la recherche d’un Etat fort, très marqués aussi par l’expérience d’Atatürk et la Révolution française, les grands leaders nationalistes arabes ont combattu et réprimé l’intrusion du religieux dans la sphère politique. L’égyptien Nasser a muselé les Frères musulmans. Le baasiste syrien Hafez El-Assad a fait de même. Le baasiste irakien Saddam Hussein a jugulé l’activisme chiite. Certes, il ne s’agit pas de louer les répressions et les massacres perpétrés par ces dictateurs. Mais il convient aussi de reconnaître que ceux-ci ; favorables à un Etat central fort et à une éviction des religieux de la sphère des décisions politiques, servaient davantage le coexistence des religions que ne le font les actuels sectateurs du wahhabisme, du sunnisme et du chiisme dont certains ont été portés au pouvoir par les Occidentaux. Au fond, il y avait en eux du Philippe le Bel, du Richelieu et du Lénine. Pas des anges non plus... Alexandra Sereni