La construction d’une nouvelle organisation de la desserte maritime pour la Corse fait intervenir de nombreux partenaires. Collectivité territoriale, compagnies, syndicats,… Tour d’horizon des positions, des griefs et des préconisations. Pierre-Marie Bartoli, conseiller exécutif en charge des transports et président de l’Office des transports Avant le débat du 26 novembre à l’Assemblée territoriale de Corse, Pierre-Maris Bartoli a annoncé l’organisation d’une nouvelle architecture pour la desserte maritime qui prévoyait notamment la suppression de l’aide sociale et du service complémentaire ainsi que l’extension de la délégation de service public (DSP) au port de Toulon. Selon lui, les finances de la CTC sont en péril si des mesures ne sont pas prises, le déficit pourrait dépasser les 35 millions d’euros en 2013, au terme du contrat actuel pour la continuité territoriale. Pierre-Marie Bartoli souhaiterait donc subventionner le service de base à partir de Marseille et Toulon et conventionner les autres compagnies. La construction du nouveau cahier des charges prendrait, selon lui, 18 mois et serait donc applicable à partir de 2013. Une période transitoire permettant aux différents opérateurs de s’adapter aux nouvelles règles. Par ailleurs, Paul-Maris Bartoli a insisté sur la nécessité de prendre des « décisions courageuses, réfléchies, concertées et consensuelles ». Avec, toujours, la responsabilité des emplois des salariés des compagnies assurant les liaisons entre la Corse et le Continent. « Il n’est pas question de mettre en péril ni les compagnies ni la CTC », a-t-il insisté. Société Nationale Corse Méditerranée (SNCM) Pour Marc Dufour, directeur général de la compagnie, la CTC, en finançant le dispositif d’aide sociale, favorise la concurrence qui a un effet pervers sur les tarifs appliqués. « La concurrence ne me gène pas, elle a un effet sain si elle s’effectue sainement, indique-t-il. La Corsica Ferries navigue sous pavillon italien et plus de 30% de ses employés ne sont pas ressortissants de l’Union Européenne. Cette situation entraîne donc une dérégulation sociale ». Marc Dufour souhaiterait que la nouvelle architecture de la continuité territoriale maritime contienne un cahier des charges plus restrictif et étende la délégation de service public aux ports de Nice et Toulon. Concernant l’avenir de sa compagnie, le tout nouveau directeur général a eu l’agréable surprise de découvrir « des gisements de performance » au sein de la SNCM. Il ambitionne de regagner de la productivité, autant pour la main d’œuvre que pour les navires, de bâtir une meilleure structure des programmes, et ainsi de reconquérir des parts de marché. Compagnie Méridionale de Navigation (CMN) La CMN a été érigée en modèle. Motif : sa rentabilité. Ses cargos mixtes transportent chaque année plus de marchandises et plus de passagers. Mais la compagnie est confrontée aux différences des coûts des installations entre les ports de Marseille et Toulon. Le linéaire est facturé 52.92 euros à Toulon tandis qu’à Marseille le prix s’élève à 93 euros. « Cet écart important est principalement dû aux chargements portuaires », explique Vincent Castellani, directeur de la CMN. Corsica Ferries Attaquée pour les conditions sociales appliquées pour ses employées, ses dégazages sauvages et ses tarifs prédateurs, la compagnie jaune se défend. Mais on lui reproche surtout d’avoir grignoté des parts de marché à la SNCM et d’avoir encaissé 14 millions d’euros sur les 16 millions d’euros dévolus à l’aide sociale, somme plafonnée en 2009. « L’aide sociale récompense une compagnie performante tandis que la DSP finance un déficit et donne des primes malgré la mauvaise gestion », rétorque le directeur général de la compagnie, Pierre Mattei. L’aide sociale est une manne financière à laquelle il est impossible à la Corsica Ferries de renoncer sans mettre en cause son modèle économique actuel. « Les compagnies ont besoin de stabilité juridique, souligne Pierre Mattei. Nous avons adapté notre programme à la politique des transports votée par la CTC. Nos billets sont moins chers, la fréquence de nos traversées a augmenté donc le trafic a progressé ». Pierre Mattei réclame davantage de constance dans les règles établies par la CTC afin de pouvoir anticiper tout réajustement. Mobylines La compagnie maritime italienne s’est positionnée sur la ligne Toulon-Corse depuis le 1er avril. Après six mois d’activité, la Mobylines s’est félicitée d’avoir transporté 115.000 passagers. Une réussite à laquelle elle n’entend pas mettre un terme. « Nous avons l’intention de nous installer en Corse même si nous dérangeons », a affirmé Fabien Paoli, directeur de Mobylines France. La compagnie privée « n’a pas perçu un seul centime » au titre de l’aide sociale depuis six mois mais continue à appliquer des tarifs préférentiels pour les catégories de passagers éligibles. Et a introduit un recours au tribunal administratif de Bastia. Pour Paul-Marie Bartoli, il est exclu de verser les remboursements exigés par la Mobylines. « En l’état, la compagnie ne peut percevoir l’aide sociale, explique-t-il. Le conseil administratif de l’Office des transports a décidé le 1er mars dernier que la Mobylines se positionnait sur une ligne pouvant bénéficier de l’aide sociale mais c’est la CTC qui détermine la politique des transports. Et nous n’allons pas réitérer une erreur ». La compagnie battant pavillon italien est pointée du doigt pour ses marins d’origine européenne et extracommunautaire grâce à des accords. Mais, insiste Fabien Paoli, chaque contrat respecte la législation française. Alain Mosconi, Syndicatu di i travagliadori corsi-Marins La suppression de l’aide sociale et du service complémentaire priverait la SNCM d’une enveloppe de 32 millions d’euros. Cette perte financière fait craindre au secrétaire national du STC-marins « une casse sociale » et un recours massif aux contrats à durée déterminée. Par ailleurs, le STC accueille avec beaucoup de suspicions le positionnement de la Mobylines sur la ligne Corse-Continent sans bénéficier de l’aide sociale. « Pour la première fois depuis trente ans, un opérateur fait du bord à bord sans subventions et cet exemple fonctionne. C’est l’occasion inespérée de montrer que l’on peut faire du service public qui n’en a que le cadre et de libéraliser le reste », redoute Alain Mosconi. Le syndicaliste adhère largement à la proposition des élus territoriaux de Corsica Libera de créer une compagnie régionale corse. Avec la participation de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, largement concernée par la desserte maritime de la Corse. Fabien Alpozzo, CGT-Marins Maintenir les emplois et la qualité des transports pour les usagers, telles sont les deux principales volontés du syndicaliste. La SNCM et la CMN emploient 4.000 personnes dont 1.500 Corses. Fabien Alpozzo a également un autre cheval de bataille : l’uniformité des obligations sociales et fiscales des compagnies. Une égalité qui permet à la concurrence de s’exercer sainement, selon lui. « Toutes les compagnies sont les bienvenues si elles opèrent sur une ligne nationale avec un pavillon français et appliquent les règles sociales françaises », martèle-t-il. Fabien Alpozzo épingle également « la mauvaise gestion financière de l’enveloppe de 75 millions d’euros pour la continuité territoriale