Les députés et les sénateurs français ont voté le régime de retraite proposé par le Président. Ils ont année après année grignoter les acquis sociaux de la Libération. Problème : ils ont oublié de s’appliquer le régime commun. Qu’est-ce que vaut une démocratie où les donneurs de leçons vivent selon l’ancien régime ? Des élus bien nantis On a coutume d’affirmer pour excuser les députés qui peinent à réviser leur propre régime de retraite qu’ils prennent des risques en se faisant élire. Des risques que bien des Français seraient prêts à courir dans leur carrière puisque les émoluments confondus dépassent les 10.000 euros par mois sans compter les petits avantages (téléphone, transports gratuits, prêts à très faible taux etc.). Il y aurait aussi la possibilité de ne pas se faire réélire. À cela il y a une réponse facile : que celui qui cherche une sécurité absolue ne se présente pas d’autant que la vérité est autre. Aucun ancien élu n’a fini sdf. Tous sans exception ont réussi à se recaser dans des métiers rémunérateurs ou ont retrouvé leur fonction antérieure. D’autres enfin ont deux fers au feu comme l’atteste la double carrière de Jean-François Copé à la fois député et avocat d’affaires. Jusqu’à nouvel ordre les élus du peuple, députés et sénateurs, appartiennent de par leurs rémunérations aux 5 % des Français les plus nantis. Je serais curieux de connaître l’état de leur patrimoine avant leur élection et celui après. Pour les cas que je connais, il avait considérablement grossi. Le Parlement qui devrait représenter la Nation dans sa complexité est un miroir déformant et accorde une importance démesurée aux couches sociales favorisées : alors que les employés et les ouvriers représentent plus de la moitié de la population active, seul 1 % des députés proviennent de leurs rangs. Et encore, certains élus ont quitté leur profession d’origine depuis de longues années. À l’inverse, les cadres et professions intellectuelles supérieures représentent 59 % de l’ensemble. Avec les professions libérales, ils forment les trois quarts des députés. Le secteur privé y est représenté à hauteur de 49 % et la fonction publique de 51 %. Quant aux autres représentations, elle frise le scandale. Les femmes qui forment plus de la moitié de la population française sont à peine 18,5 % parmi les députés. Cette caricature de société est également caricaturale dans sa façon de voter les lois notamment celles qui concernent les plus défavorisées. Au nom du réalisme politique, les plus pauvres (femmes, immigrés, ouvriers et petits employés) subissent le plus lourdement des lois votées par ces nantis. Mais pire encore, ils votent des textes qu’ils ne s’appliquent pas à eux mêmes. Démonstration avec les retraites. Une réforme en trompe-l’œil Les députés ont voté contraints et forcés une loi réformant leur propre système de retraite. Jusqu’alors ils bénéficiaient d’un système de double cotisation lors des trois premiers mandats, puis d’un et demi sur le suivant. Celui-ci permettait aux députés de cotiser 22,5 ans pour une retraite complète, contre plus de 40 ans aujourd’hui pour tout autre travailleur. Avec la réforme, les députés ne pourront plus cotiser « que » 1,5 fois sur les deux premiers mandats, 1,33 sur le suivant, puis 1,25 sur ceux d’après réforme qui amputera les retraites de nos députés de 25 %. « Un effort remarquable » s’est félicité Bernard Accoyer, président de l’Assemblée nationale. Voire. Au bout d’un mandat, un député sera touchera une retraite de près de 1200 euros (contre 1600 euros auparavant). Ce qui signifie qu’une retraite obtenue en cinq ans sera l’équivalent du montant de la pension moyenne touchée par les Français (1334 euros) après une carrière complète (près de 40 ans de cotisation). Pour information la retraite moyenne en Corse avoisine les 1000 euros pour 40 ans de cotisation. Et si le député est réélu pour un second mandat, il touchera alors le double (2400 euros, au lieu de 3200 euros auparavant) ce qui le place au niveau d’un cadre A de la Fonction publique ayant accompli ses 40 ans. L’Assemblée, soudain chipoteuse, insiste sur le fait que le mandat moyen d’un député est de 7,5 ans c’est-à-dire que la grande majorité en fait est réélue au moins une fois. Mais de toute manière cela aboutit tout de même à une retraite moyenne de 1800 euros après 7,5 années de cotisations. Qui dit mieux ? Réformer mais sans s’oublier Les députés n’ont pas supprimé la surcotisation ouvrant droit à une majoration d’annuités, mais surtout n’ont pas ajouté à leur réforme la soumission au système de décote qui est le véritable scandale de la réforme Balladur. Pour vous ou moi, la retraite sera non seulement proportionnelle au nombre d’annuités cotisées, mais aussi amputée d’une décote de 5 % par année manquante (dans la limite de cinq ans). C’est donc une double pénalité qu’ont oubliée les députés. Car pour eux la pension est tout simplement calculée au prorata du nombre d’années effectuées comme cela devrait être le cas pour tout le monde. L’Assemblée rétorque que pour faire une carrière complète il faudrait aligner 31 ans de mandats pour une carrière complète. Tous les autres seraient soumis à décote. Ils devraient attendre l’âge d’annulation de celle-ci que la nouvelle loi sur les retraites a justement repoussé à 67 ans. Eh oui, le sort commun est difficile à avaler. Mais c’est le cas pour tout le monde. Car il est à peu près certains que la plupart de nos concitoyens devront eux aussi attendre 67 ans pour partir à taux plein. La conclusion ultime est que le système des retraites des députés va bientôt rester l’un des derniers régimes spéciaux et, sans aucun doute, le plus avantageux. Et comme le soulignait malicieusement un syndicaliste « pourquoi ne pas aligner le régime de tous les Français sur celui de leur représentation ? Tout le monde serait heureux ». GXC