François Tatti : « Pour la régionalisation de la fiscalité écologique » Adjoint au maire de Bastia, président du Syvadec, François Tatti a été désigné président du groupe Gauche Républicaine de l’Assemblée de Corse où il dirige également la Commission du développement économique, de l’aménagement du territoire et de l’environnement et occupe la vice-présidence de la Commission des compétences législatives et réglementaires. Un élu qui reste attaché à maintenir un lien avec la population qu’il écoute attentivement. Lors de la dernière session de l’assemblée de Corse, vous avez posé une question orale portant sur l’insécurité au quotidien. Dans votre intervention, vous exprimez votre inquiétude quant à la dégradation des rapports humains. Quelles sont les pistes que vous aimeriez voir explorer par la Collectivité territoriale, dont ce n’est pas la compétence, pour remédier à ce fléau ? La situation se dégrade rapidement, la délinquance ordinaire devient préoccupante : incivilités, agressions, vols, tapages, insultes et dégradations de tous ordres se multiplient. Nous devons réagir, en particulier auprès des jeunes qui sont les premiers concernés. Et puis il faut aussi rappeler l’Etat à ses obligations. Peut-on continuer à accepter que le président de la République multiplie les discours sécuritaires, pendant que, dans le même temps, des coupes budgétaires entraînent la baisse constante et massive des postes affectés à la sécurité publique ? L’Assemblée de Corse n’a pas de compétences directes dans ce domaine mais elle a l’obligation de s’impliquer car la sécurité est le premier des services publics dû aux citoyens. Le 15 décembre, les élus sont convoqués pour une session extraordinaire sur la violence. Quelle marge de manœuvre peut disposer l’Assemblée pour faire reculer ce mal aux ramifications tortueuses ? Je suis conscient des limites de l’exercice mais je crois aux vertus du débat, au pouvoir de la parole. D’autant que cette parole, en Corse, est trop complaisante avec la violence, souvent plus attentive au délinquant qu’à la victime, plus prompte à exonérer qu’à condamner. Pour ma part, je réaffirmerai des principes auxquels je crois et qui motivent en grande partie mon engagement politique aux côtés d’Emile Zuccarelli. En premier lieu, qu’il n’y a pas de violence légitime en démocratie. Et puisque c’est un échange, je demanderai à mes collègues nationalistes ce qui les empêche encore de condamner définitivement le terrorisme. C’est un acte attendu et qui ferait faire à la Corse un grand pas vers la démocratie réelle. En second lieu, il faut nous interroger sur la place prépondérante du banditisme et de l’affairisme dans les rouages économiques et sociaux de l’île. L’Etat a sans aucun doute failli, mais est-il le seul responsable et que peut-on faire nous-mêmes pour enrayer cette dérive ? Au delà des condamnations, je souhaite que nous gardions cette préoccupation à l’esprit dans le traitement de certains dossiers comme le PADDUC ou le foncier. Bien entendu, tout ceci est inutile si l’Etat oublie que l’ordre public, la protection des citoyens, est sa responsabilité première, c’est même sa raison d’être ! Vous êtes président du Syvadec. Le traitement des déchets est un dossier majeur de cette mandature, sous la responsabilité de Maria Guidicelli, qui a d’emblée assuré qu’il n’y aurait pas d’incinérateur en Corse. Quels sont, selon vous, les modes de traitements efficaces, adaptés au territoire insulaire et les moins polluants ? Dans deux ou trois ans, comme nous l’avions annoncé, l’ensemble du territoire du Syvadec disposera de centres gestion et de stockage conformes à la réglementation. Ce sera une satisfaction énorme car nous sommes partis de très loin. Nous travaillons à présent dans le cadre du la commission de révision du PIEDMA à l’étude de la construction de centres de tri compostage qui parachèveront le dispositif de traitement. Mais les équipements ne régleront pas tout, il faut redoubler d’efforts pour sensibiliser les citoyens à la réduction des déchets et au tri sélectif. C’est là que se situe désormais le défi et il concerne chaque corse. La Communauté d’agglomération du pays ajaccien refuse de collaborer avec le Syvadec pour le traitement des déchets. Les balles sont envoyées sur le Continent par bateau ce qui provoque l’ire des membres de l’opposition du conseil municipal d’Ajaccio et une taxe d’enlèvement des ordures ménagères en hausse pour les contribuables. Que vous inspire cette situation ? Elle confirme ce que nous savions déjà, à savoir que personne ne peut résoudre ce problème en demeurant isolé dans son territoire. C’est vrai partout et ça l’est encore plus dans une île. Il faut un outil technique et politique puissant pour répondre, y parvenir, et le Syvadec, à sa mesure, le démontre au quotidien. Je suis certain que l’évidence finira par avoir raison des blocages. A Bastia, la Chambre régionale des comptes a relevé des incohérences entre la ville et la Communauté d’agglomération bastiaise pour le traitement des ordures ménagères. Un comble pour le président du Syvadec et l’adjoint au maire de la ville, non ? En fait, il n’y a pas de contradiction car la Chambre a jugé les exercices 2002 à 2007. Et durant cette période, je ne pouvais pas être adjoint au maire et président du Syvadec puisque le Syvadec n’existait pas encore. Je ne conteste pas l’analyse des magistrats, c’est justement pour y remédier que nous avons créé le Syvadec. La population pourra mesurer les résultats de ce choix au prochain contrôle des comptes de la commune en 2015 ou 2016 ! La gauche s’est installée il y a huit mois à la Collectivité. Quel premier bilan tirez-vous du fonctionnement de l’Assemblée ? Du travail de votre groupe ? Notre premier combat, c’est celui de la justice sociale. Par choix politique ou par impuissance, nos prédécesseurs n’ont pas résolu des questions aussi importantes que l’énergie, l’aménagement du territoire, les transports ou le foncier. Or, tous ces dossiers ont des répercussions directes sur l’emploi, le logement et le coût de la vie. Je ne jette la pierre à personne, ce sont des problématiques difficiles, mais je me félicite que notre majorité s’y soit attelée sans perdre de temps. J’ai la conviction que c’est là que se situera la vraie rupture : dans notre refus de laisser les débats institutionnels fumeux prendre le pas sur les vrais problèmes. Vous êtes président de la Commission du développement économique, de l’aménagement du territoire et de l’environnement. Trois thématiques emblématiques pour l’avenir de l’île et liées à l’élaboration du Padduc. Comment s’organise le travail des membres de cette commission ? Quel en est l’axe principal ? Dans la configuration de majorité relative qui est la nôtre, les Commissions jouent un rôle important dans la préparation des débats de l’Assemblée. Je réunis celle que je préside une à deux fois par mois pour étudier les dossiers en auditionnant l’exécutif territorial et, si besoin, les autres acteurs concernés. Les échanges sont riches, parfois vifs, mais toujours constructifs. En tant que président, je m’emploie à rechercher les positions partagées qui sont ensuite portées devant l’Assemblée de Corse. Vous occupez également le statut de vice-président de la Commission des compétences législatives et réglementaires. L’enjeu est fondamental pour la Corse et l’adaptation à la loi de ses spécificités. Quels sont les sujets que vous aimeriez soumettre à l’adaptation législative ? Aujourd’hui, nous possédons déjà un champ de compétences étendu, nous permettant de répondre aux principaux objectifs que nous nous sommes fixés. Néanmoins, dans différents domaines identifiés, nous pouvons demander une adaptation de la règle générale, et notre groupe y sera favorable à chaque fois que cela sera utile pour la Corse. La question fiscale me paraît importante : nous devons trouver de nouvelles ressources sans pour autant faire peser une pression supplémentaire sur les ménages ou les entreprises. Par exemple, la régionalisation de la fiscalité écologique nous permettrait une augmentation substantielle de nos moyens. En tant que président du groupe Gauche républicaine constitué de quatre membres et deux conseillers exécutifs, Paul-Marie Bartoli et Jean Zuccarelli, pensez-vous disposer d’une totale liberté de vote ou estimez-vous devoir approuver, par loyauté, toutes les délibérations proposées par le Conseil exécutif ? Bien entendu il y a des sensibilités différentes au sein de la majorité et cela nous conduit à nous voir souvent pour débattre des dossiers difficiles qui peuvent nous diviser. Il n’est donc pas question d’approuver toutes les délibérations proposées mais de construire en amont les positions communes qui peuvent d’ailleurs rassembler même au-delà de nos familles politiques. Vous avez un blog, une page Face book, sur lesquels vous commentez l’actualité insulaire, nationale, mondiale, évoquez votre expérience sur les bancs de l’Assemblée de Corse, expliquez votre position par rapports à des sujets débattus comme les Assises du foncier ou le rapprochement des prisonniers corses. Pourquoi privilégier ces nouveaux moyens de communication ? Les blogs et les réseaux sociaux me conviennent bien car ils permettent de toucher différemment le lecteur et d’établir des échanges suivis avec de nouvelles catégories de personnes. Cependant tous les médias sont nécessaires et je reste très viscéralement attaché au papier. D’ailleurs j’en profite pour vous remercier de m’avoir sollicité. Interview réalisée par Murielle Kasprzak