L INVITE

jeudi 23 juin 2011, par Journal de la Corse

Nicolas comte

Nicolas Comte

« La situation est ici des plus critiques »

Le secrétaire général du syndicat USGP-Police-FO a achevé son tour de France par la Corse à la mi-juin. Pendant deux jours, il a rencontré les différentes composantes de la police nationale à Ajaccio et son constat est alarmant. Entre baisse des effectifs, manque de moyens et moral en berne, les policiers ont le sentiment de ne plus être efficaces dans l’exercice de leur profession.

A l’issue de votre premier déplacement dans l’île en tant que responsable syndical, quelle est votre impression ?

J’ai entrepris en octobre 2009 un tour de France des commissariats que j’ai clôturé par la Corse. Et ce que j’ai vu ici me conforte particulièrement dans mes impressions générales issues de toutes ces rencontres depuis un an et demi. Le problème essentiel aujourd’hui de la sécurité publique réside dans le manque d’effectifs. Les conditions de travail se dégradent partout en France et les collègues sont soumis à des baisses de moral que nous ne devons pas négliger.

Quelles sont leurs principales doléances ?

Les fonctionnaires de police n’ont plus l’impression de remplir leur mission de service public pour laquelle ils ont été formés et qui leur a fait choisir ce métier. Ils m’ont confié avoir le sentiment de ne plus faire du bon travail. Ils bénéficient en moyenne d’un week-end toutes les six semaines et il est très fréquent qu’ils soient rappelés pendant leur temps de repos non pas pour répondre à des situations d’urgence mais parce que l’institution ne fonctionne plus. Sans aucune perspective d’amélioration. Ils ne sont plus en mesure d’exercer correctement leur travail ce qui représente une véritable souffrance. Le sentiment d’être utile reste le seul réconfort aux multiples difficultés inhérentes à la profession. Et quand il disparait…

Comment jugez-vous la situation en Corse ?

C’est une des situations les plus critiques ! Je ne m’attendais pas à trouver ici autant de difficultés pour mes collègues….Il y a deux circonscriptions isolées et éloignées, Bastia et Ajaccio, donc il est impossible de mutualiser les moyens, par exemple. Je pensais que travailler à proximité de la mer dans un cadre très agréable facilitait le travail. Eh bien non. D’ailleurs, c’est la seule région de France hormis la région parisienne, où des collègues souhaitent s’en aller. La situation est véritablement tendue. J’ai rencontré des hommes et des femmes à bout de nerf de ne pas pouvoir fonctionner efficacement, d’être corvéables à merci, de ne pas bénéficier des repos auxquels ils ont droit et sans aucune perspective d’amélioration.

Parmi vos interlocuteurs, vous avez rencontré le préfet de Corse, Patrick Strzoda, ainsi que le coordonnateur des forces de sécurité intérieure, Jean-François Lelièvre. Que pensez-vous de ces échanges ?

L’ensemble des autorités de la région ont pris conscience du malaise qui régnait au sein de la police nationale, ce qui est très satisfaisant mais insuffisant. Nous espérons maintenant qu’ils remontent ces difficultés aux plus hautes autorités de l’Etat. Et qu’enfin les conditions de travail s’améliorent notamment en termes d’effectifs.

Quelles sont vos revendications pour la région corse ?

Il y a quelques mois, les représentants syndicaux ont demandé un renfort de huit fonctionnaires pour Ajaccio et dix pour Bastia. Jean-François Lelièvre avait de son côté sollicité quatre personnes supplémentaires pour la police aux frontières de Figari. Le préfet d’alors, Stéphane Bouillon, s’était engagé à faire aboutir ces demandes… Nous espérons que compte-tenu sa position aujourd’hui (Ndlr : au cabinet du ministre de l’Intérieur, Claude Guéant), nous obtiendrons satisfaction assez rapidement.

Et au niveau national ?

Que la révision générale des politiques publiques ne concerne plus la police nationale. Il faut impérativement que cesse cette gestion d’urgence.

On reparle régulièrement de l’équipement des communes en vidéo-protection et d’armer les policiers municipaux. N’est-ce pas selon vous une façon pour l’Etat de se désengager et de confier aux maires la responsabilité de la sécurité ?

Les caméras de vidéo-protection doivent rester un moyen supplémentaire au service de la police pour détecter les infractions et identifier les auteurs et ne remplaceront jamais les agents de police sur la voie publique. Nous ne sommes pas contre la police municipale, bien au contraire, mais elle doit être identifiable et ce serait une erreur que d’en armer les agents systématiquement. La police municipale est une réalité au service des communes riches. L’Etat ne peut abandonner cette mission régalienne et la confier aux communes. Tout dépend de la mission qui lui est confiée par les maires. L’Etat doit pouvoir contrôler les éventuels risque de dérives, je pense notamment aux pratiques locales clientélistes.

Interview réalisée par M.K

Répondre à cet article