HISTOIRE DE PARLER Alors que les appellations (non contrôlées) « in lingua nustrale » se multiplient sur les enseignes de divers commerces, les derniers puristes, encore en vie, lèvent les bras au ciel devant tant d’absurdités. Et ils se demandent, avec tristesse, comment on a pu massacrer de la sorte l’orthographe et la syntaxe que les écrivains, à l’aube du siècle dernier, et eux-mêmes un peu plus tard, utilisaient sans l’ombre d’une erreur. Avec l’élégance naturelle de qui a « U sintimu corsu » chevillé à l’âme. Et ils s’interrogent également sur l’utilité de propager une langue qui perd de plus en plus ses racines et ses valeurs. Mais cette langue dénaturée ne manque pas de promoteurs et de défenseurs puisqu’elle constitue le fond de commerce des autonomistes, indépendantistes et autres corsistes. On regrettera néanmoins que sa défense et sa promotion se développent presque toujours en français et lorsqu’elle l’est en corse, elle suit invariablement le cours de la langue qualifiée de dominante par ceux-là mêmes qui la perpétue pour mieux faire comprendre la nécessité de se servir du « parler ancestral » à tous les stades de la communication. Il est vrai que leurs arguments, façonnés à l’aune de la structure mentale française sont parfaitement perçus par des auditeurs formés dans la même structure. On comprend donc que les locuteurs de corse, lorsque leurs propos veulent aller au-delà des simples « brèves de comptoir » ont avec le français d’étranges similitudes. Ainsi se forge un nouvel idiome que seuls pourront parler et comprendre les nouvelles générations, une sorte de patois français issu d’une sabirisation du corse authentique dont on a prétendu, à tort, que ce n’était pas un dialecte italien. Il ne restera plus aux puristes, du moins ce qu’il en reste, qu’à tirer l’échelle sur leurs derniers et vains efforts de préservation tout en gardant précieusement en mémoire cette belle « lingua nustrale » dont leurs ancêtres étaient si fiers.