Entre 2002 et 2010, dix lois pénales ont été votées en France. Soit une véritable armada judiciaire en faveur de la sécurité, qui met parfois en péril le « principe de prévention » au profit de la répression. Ainsi, on a pu assister à une sorte de surenchère médiatique pour justifier les bras de fer musclés entre les casseurs des manifs – avérés ou non, cela reste à prouver – et les forces de police. Une escalade aussi concernant les menaces terroristes qui pèsent sur la France. À tel point qu’on finit par se demander si on ne joue pas à Pierre et le Loup, et qu’à force de crier, qui sait ce qui pourrait arriver quand le Loup sera vraiment à la lisière de la forêt… Des acteurs nombreux Assurer la sécurité des biens et des personnes est une affaire qui occupe bien du monde. Côté sécurité civile, on compte les sapeurs-pompiers, les militaires des unités d’instruction et d’intervention, les pilotes d’avions et d’hélicoptères ainsi que les démineurs. à tout cela s’ajoutent des dispositifs spéciaux et des sociétés privées de protection. Tous ces acteurs sont complétés par des forces de l’ordre, comme la police et tous les services du ministère de l’Intérieur. Sauf que certains d’entre eux sont parfois mis en cause, comme la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur) dans l’affaire Woerth-Bettencourt pour espionnage du journalisme. Autre polémique, celle du fichier Cristina (Centralisation du renseignement intérieur pour la sécurité du territoire et des intérêts nationaux), qui comporte des données personnelles sur les personnes fichées, enrichies d’éléments sur leurs proches et leurs relations, mais qui n’est pas soumis aux règles de la CNIL car classé « secret défense » en faveur de la sécurité nationale. Au nom de la sacro-sainte sécurité on peut donc mettre à mal l’autre normalement sacro-sainte liberté individuelle. Menaces réelles ? Les colis piégés envoyés un peu partout dans le monde et revendiqués par Al-Qaïda ont permis de remettre sur le devant de la scène les menaces terroristes et le fait que la France a activé le plan Vigipirate, niveau rouge depuis le 7 juillet 2005, avec les attentats de Londres. Ce plan est un dispositif de sécurité pour prévenir ou réagir face aux actions terroristes. Il a été créé en 1978, puis actualisé à trois reprises en juillet 1995, juin 2000 et mars 2003, et déployé pour la première fois en 1991. Cette recrudescence de la menace a été brandie alors que la France venait d’interdire le port de la burqua, et que le climat sur tout le territoire était fort tendu avec les mouvements sociaux liés à la réforme de la retraite et l’affaire « Woerth-Bettencourt ». Autrement dit la « stratégie de la peur » semble être un choix pour la gestion des crises. Des faits concrets Heureusement que malgré le climat morose, et les menaces terroriste, réelles ou non, qui pèsent, des faits concrets viennent sécuriser les citoyens et les confirmer dans leur désir de sécurité. Ainsi, côté cybercriminalité, il existe un Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l’information et de la communication qui marque des points et prévient les arnaques et escroqueries qui fleurissent sur Internet, y compris en Corse. Endroit, où malgré des règlements de comptes qui se passent au grand jour et sur la place publique – dernier en date à Sartène, soit la 5e personne tuée depuis mai 2009 –, une escalade de la violence et des accidents de la route nombreux, avec de temps à autres des villas qui explosent, cela n’empêche pas les gens de se sentir en sécurité en Corse à 76%... Comme quoi, le sentiment de sécurité est plutôt subjectif. Alors, pourquoi les citoyens acceptent-ils de renoncer à leurs droits pour bénéficier de plus de protection et de sécurité ? D’autant que lorsque les forces de l’ordre se montrent un peu musclées, la contestation est immédiate. Ce paradoxe qui conduit à un modèle sécuritaire, soit une priorité à la hausse de la vigilance. Alors que la politique actuelle tend à accroître les risques et les insécurités sociales. Si la sécurité est un lien politique nécessaire pour le maintien de la démocratie, sans verser ni dans la barbarie, ni l’anarchie, est-ce là le nouvel enjeu démocratique : sécurité ou liberté, faut-il vraiment avoir à choisir ? Maria Mariana