Le dégoà »t et surtout la révolte Existe-t-il tout simplement encore une justice en France ? Voilà la question qu’on est en droit de se poser après l’incroyable sentence prononcée contre le trader Kerviel : trois ans de prison ferme et près de 5 milliards d’euros à « rembourser  » soit 17.000 ans de travail. Or dans le même temps, l’ex président Chirac, déjà blanchi dans bon nombre d’affaires, a vu les dépenses qu’il avait indà »ment occasionnées lorsqu’il était maire de Paris remboursées par le parti du président Sarkozy tandis que le parquet incarné par le délirant procureur Courroye abandonnait toute poursuite contre l’ancien président de la République. La France est devenue une république bananière qui continue d’administrer des leçons de morale au monde entier. Toute honte bue Les cyniques rétorqueront que de tels scandales existent depuis que le monde est monde. Et ça n’est pas faux. Mais c’est vraisemblablement la première fois que les puissants agissent avec autant de morgue, avec aussi peu de décence. Tandis qu’on discute de la manière de réduire les retraites des Français, qu’on massacre les classes moyennes, qu’on pousse au désespoir les plus fragiles, on assiste au spectacle ahurissant du scandale Woerth. Tous les ingrédients de la saloperie sociale sont là : milliards en veux-tu en voilà , soupçons de prévarication, mélange des genres, mensonges à tout va. C’est le mur de l’argent protégé par la nouvelle aristocratie au pouvoir. Ce lait sur le feu est surveillé depuis l’Élysée et le procureur Courroye n’est là que pour veiller au grain du président Sarkozy. Cela n’empêche pas les déchirements internes aux bas-bleus. La ministre de la Justice, chiraquienne, est soupçonnée de « fuiter  » vers la presse pour saper l’autorité du sarkozysme. Mais parce que MAM appartient à la caste du haut, on désigne comme coupable un membre de son cabinet, le hallebardier de l’affaire qui aussitôt envoyé à Cayenne et mis en examen dans une sombre affaire de jeu en ligne. Alliot-Marie, alors ministre de l’intérieur serait également intervenue pour faire arrêter l’enquête dans laquelle était impliqué le fils d’Albin Chalandon, ancien garde des sceaux et mentor de Rachida Dati qui aurait tenté elle aussi de mettre des bâtons dans les roues de la justice dont elle dirigeait le ministère. Comment ne pas être écÅ“uré par autant de morgue ? Jacques Chirac aura dévasté la fonction présidentielle en foulant aux pieds tous les principes qu’il était censé faire respecter. Mais on ne touche pas à un ancien président. Qu’un gamin de cité vole un sac à main et c’est la prison ferme qui l’attend. Un immigré en situation irrégulière et c’est l’expulsion. Voilà ce qui est franchement répugnant. La justice ne cache plus qu’elle administre ses sanctions en fonction de la situation sociale et non pas de la gravité du délit. Elle s’est mise au service des 200 familles qui dirigent le pays. Le scandale Kerviel Le scandale de l’affaire Kerviel est une formidable illustration de ce qui vient d’être dit. Les juges qui l’ont condamné se sont déconsidérés et ont abaissé la justice au rang de la trique. Kerviel n’a rien de sympathique. Il était une de ces petites mercenaires qui jouaient avec les milliards pour enrichir le système bancaire. Mais de là à affirmer qu’à lui seul, il aurait failli mettre à genoux l’économie mondiale ! Si cela était vrai alors ce sont tous nos dirigeants qu’il faudrait envoyer au bagne de Cayenne. Car après tout, ils sont les gardiens de notre bien commun. Récemment d’ailleurs l’emballement informatique d’un système boursier arrivait au même résultat. Nous sommes tout simplement dépendants d’un système de fou qui tient plus du casino que de la gestion citoyenne. Admettons que Kerviel ait perdu ces cinq milliards. Dans une armée, le général est responsable de ses défaites et pas le troufion de base. Or aucun dirigeant de la Société générale n’a été sanctionné. Mieux la banque a recommencé à spéculer à qui mieux mieux. Le sergent Kerviel paie pour l’état-major. Et cela a des chances de recommencer. L’Irlande va devoir allonger 50 milliards d’euros pour renflouer les caisses de ses banques alors qu’elle avait accepté de s’acquitter d’un plan de rigueur sans précédent. On socialise les dettes mais on privatise les bénéfices. Car ceux qui vont payer sont ces crétins de contribuables comme vous et moi à qui on va chanter sur l’air de Ramona la chanson c’est la faute à la crise. Alors oui c’est vrai on ne peut pas vivre au-dessus de ses moyens. Mais pour l’heure c’est le système économique qui nous impose des dépenses pharamineuses. 50 milliards représentent deux fois le trou de la Sécu. Et ils vont être trouvés à travers l’Europe. Or l’Europe c’est encore nous. 13% de la population française vit en dessous du seuil de pauvreté. La moyenne des retraités se situe dans cette zone dans laquelle manger n’est pas évident. En Corse ce sont 50.000 personnes qui vivent ce drame quotidien. Alors jusques à quand allons-nous supporter l’arrogance de nos petits marquis ? Certains jours on se prend à espérer des coups de colère populaire histoire de rappeler à nos dirigeants que nous ne sommes pas un troupeau de veaux qu’on mène à l’abattoir social. GXC