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CHRONIQUE Justice transparente, justice opaque

mercredi 24 novembre 2010, par Journal de la Corse

On désigne souvent la justice comme le troisième pouvoir. Jusqu’à il y a un peu, c’était une force servile, murée dans un silence qui semblait conforter les prises de position prises au plus haut niveau de l’état. Depuis peu, la justice, cette vieille endormie, semble se réveiller et ruer dans les brancards contrecarrant les funestes projets de l’état UMP. La Corse, soumise au quotidien à une justice cyclothymique, peine à trouver ses marques. Une société malade et une justice déficiente Les errements divers et variés de la société corse posent un double problème. Le premier est celui de la prévention. Dans les récentes affaires scandaleuses qui secoue la Corse, celui des marchés truqués en Haute-Corse et celui du gaspillage constaté par la Cour des Comptes régionale concernant l’Office des transports, aucune alarme n’a fonctionné. Dans le premier cas, il semble qu’on est affaire à un véritable système mafieux dont l’épicentre se situerait à Marseille voire en Espagne. Par système mafieux il faut entendre la coalition de responsables politiques et administratifs avec des membres du grand banditisme en vue de capter les fonds publics. Si le dossier de la JIRS tient la route, alors il faudra se féliciter de son action tout en regrettant qu’elle n’ait pas été le fruit d’une justice banalisée. Car ce sont des milliards qui auraient été dérobé au contribuable grâce à un système qui ressemble fort au mécanisme mafieux siciliens. Dans le cas de l’Office des transports de Corse, nous voilà dans le monde du lascia corre, de l’incompétence bref de cette mentalité si corse qui signifie qu’au bout du compte « on pourra toujours traire Marianne ». Il l est stupéfiant de constater la sérénité d’Antoine Sindali qui en fut le président et qui ne nie rien du constat tiré par les sages de Bastia. Sa seule défense est de noter que toutes les dépenses ont été avalisées par une assemblée et un exécutif décidément fort généreux avec l’argent public. Car ce sont tout de même des dizaines de millions qui se sont évaporés. Pardonnez du peu. Là aussi, il serait bon que la justice passe et éclaire la lanterne des malheureux contribuables que nous sommes et qui sont condamnés à payer toujours plus sans avoir le droit de l’ouvrir. C’est tout simplement scandaleux. En attendant les conclusions judiciaires, on se saurait que trop conseiller à Paul Giacobbi d’être plus prudent sur la façon dont il va gérer la région qu’il ne l’a été pour son département. Car, en définitive, c’est lui qui est désormais visé par les enquêtes même s’il est évident que son seul crime est de s’être parfois mal entouré. C’est dommage car le personnage a l’envergure pour redresser la Corse. Une justice sourde et aveugle Dans l’affaire de l’assassinat d’Antoine Nivaggioni, il faudra bien qu’à un moment donné la police et le parquet s’explique autrement que par un communiqué sibyllin du procureur Dallest. Si (et le si est évidement de rigueur) Antoine Nivaggioni a été assassiné alors même que des policiers savaient qu’il était en danger de mort, le scandale serait énorme. Pour autant, ce serait une partie et une partie minime de la police qui serait en accusation. La plupart de ces fonctionnaires sont des hommes honnêtes. Et toujours au conditionnel s’il s’avérait que des policiers ont eu connaissance des préparatifs de l’assassinat, de l’appartement où se cachaient les tueurs, alors il faudrait que la justice passe. Car ceux qui auraient laissé faire seraient dans le meilleur des cas des incompétents et plus vraisemblablement des crapules cyniques. Cela signifierait aussi qu’un clan policier agit envers les citoyens corses comme il le ferait avec des voyous, maniant la poussette et la rumeur comme des armes mortelles afin de se débarrasser d’hommes dont elle n’arrive pas à prouver la culpabilité. Ce serait alors un scandale d’état à moins de concevoir la justice comme une machine de destruction plutôt que de régulation. L’assassinat d’Antoine Nivaggioni dépasserait alors le simple divers pour jeter une lumière crue sur la manière dont la Corse est administrée par une justice incapable de s’imposer autrement que par des coups tordus. La Corse soumise à la loi des bandes Quand certains pans de la police se conduisent à la façon de bandes armées qu’elle est sensée combattre, il devient difficile les flics des voyous. Car, au nom d’une efficacité qui reste à prouver, cette minorité participe à l’implantation durable d’un système mafieux qui conduira à une violence endémique bien pire que celle que nous connaissons. La justice et les hommes politiques voudraient que les Corses leur fassent confiance. Qu’ils commencent par se conduire avec respect et dignité envers une population qui, majoritairement, ne demande qu’à vivre dans la paix et l’équité. Il n’est pas dérangeant qu’un voyou soit condamné sur des preuves irréfutables. Il est insupportable que des citoyens soient soudain « voyoucratisés » parce qu’à un instant donné des magistrats ou des juges ont besoin d’aller jusqu’au bout de leur logique d’efficacité. GXC PS Il est fatigant d’entendre les avocats jurer les grands dieux que leurs clients sont des anges et que la JIRS est forcément dans l’erreur quand tout démontre le contraire. Lutter contre les juridictions d’exceptions c’est aussi avancer des arguments crédibles.

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