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Autonomistes : le grand retour du simeonisme

mercredi 17 novembre 2010, par Journal de la Corse

Politique Le discours autonomiste a bel et bien retrouvé ses thèmes et ses combats traditionnels. Depuis le scrutin de mars dernier, les autonomistes ménageaient la nouvelle majorité et plus particulièrement Paul Giacobbi. Outre dans la phase d’observation respectée par toute opposition quand s’installe une nouvelle équipe majoritaire, les autonomistes se situaient dans une continuité ouverte au début des années 2000. Paul Giacobbi avait été un compagnon de route du nationalisme lors du processus de Matignon. Les autonomistes avaient favorisé sa réélection lors du scrutin législatif de juin 2007. Lors de la campagne des Territoriales 2010, des convergences étaient apparues dans l’approche de certains dossiers. D’aucuns avaient même envisagé qu’à l’occasion du troisième tour, Paul Giacobbi ferait appel aux autonomistes pour conforter sa majorité et relativiser le poids du Front de Gauche et de la Gauche républicaine. Six mois ont passé. La situation a considérablement évolué. Par la voix de Gilles Simeoni, les autonomistes viennent de faire savoir que la phase d’observation est terminée et que débute celle de la confrontation. Le co-leader de Femu a Corsica a prononcé un véritable réquisitoire contre la majorité territoriale. Il lui a d’abord reproché de n’avoir pas pris la mesure du désir de changement des Corses et d’avoir ainsi « fermé la porte à l’espoir ». Pour étayer ce grief, Gilles Simeoni a rappelé que les scores réalisés par Femu a Corsica et Corsica Libera suggéraient fortement que les nationalistes, devenus la première mouvance politique de l’île, soient associés aux responsabilités territoriales. Or, regrette-t-il, rien ne s’est fait. Au contraire même, Paul Giacobbi aurait cédé « aux courants les plus conservateurs et les plus rétrogrades » et tout se serait joué dès le « conclave de Venaco » avec « la mise en place d’une majorité étriquée se distribuant les places comme on se partage une dépouille ». Gilles Simeoni ne s’en tient pas à dénoncer la composition de la majorité territoriale, il fustige aussi sa démarche en affirmant : « Les tendances lourdes de la gouvernance de Paul Giacobbi et son équipe sont extrêmement inquiétantes ». En ce sens, il énonce trois grands reproches qui sont généralement faits aux gestions clanistes. La majorité territoriale projetterait de faire pression sur les petites communes en modifiant le règlement d’aide financière. Elle souhaiterait instrumentaliser à des fins électoralistes les services de l’Assemblée de Corse et des Agences et Offices. Elle donnerait à des personnes n’étant pas élues un poids prépondérant dans les décisions politiques et créerait ainsi les conditions d’une situation réputée exister au conseil général de Haute-Corse. Il va sans dire que ce troisième reproche a pris, ces jours derniers, une dimension particulière et inattendue avec la mise en examen et l’incarcération d’un fonctionnaire important du Conseil général de la Haute-Corse. L’autonomisme d’Edmond et Max Avec le passage à une phase de confrontation ainsi qu’avec les reproches qu’il a mis en exergue, Gilles Simeoni renoue avec le… simeonisme. En effet, il revient à ce qui a été une constante de « l’autonomisme des frères Simeoni » (Edmond et Max) : opposition frontale avec les partis traditionnels, condamnation du clanisme. Ce retour aux sources représente aussi une mise au placard de la recherche de participation aux responsabilités et de la modération dans les critiques, qu’impulsaient et faisaient prévaloir jusqu’à ces derniers temps, le PNC et plus particulièrement Jean-Christophe Angelini. En fermant la porte à Femu a Corsica et en permettant aux propositions du Front de gauche et de la Gauche républicaine de tenir le haut du pavé dans des dossiers sensibles comme l’énergie, le foncier et la fiscalité, Paul Giacobbi et ses amis ont remis en selle un autonomisme se définissant comme une force d’alternative à part entière et souhaitant en découdre avec les partis traditionnels. Un récent accrochage entre Edmond Simeoni et un élu de la Gauche républicaine a d’ailleurs souligné que le vent est désormais à la confrontation. La figure emblématique de l’autonomisme et François Tatti ont trouvé matière à s’opposer sur les questions du foncier et de la fiscalité, à travers la problématique du maintien ou de la suppression des arrêtés Miot. A l’occasion de cet échange, Edmond Simeoni s’est insurgé contre les risques de « dépossession » et de « disparition programmée du peuple corse ». Le discours autonomiste a donc bel et bien retrouvé ses thèmes et ses combats traditionnels. D’ailleurs, pour qui douterait encore d’un retour à l’autonomisme simeoniste, Gilles Simeoni a levé toute incertitude en fixant a Femu a Corsica une ambition stratégique de force pivot et de projection dans une nouvelle dimension institutionnelle : « A l’Assemblée, nous chercherons à construire un consensus autour des problèmes stratégiques : foncier, fiscalité, langue, transports, développement économique et social. Listons les priorités et trouvons des majorités capables d’assumer ce projet politique d’ensemble, en ne laissant personne sur le bord du chemin, et en intégrant les aspects les plus symboliques, comme celui des prisonniers politiques et de la langue corse. La Corse pourra alors profiter de la réforme territoriale prévue à l’échelon français pour proposer à l’État un nouveau contrat ». Pierre Corsi

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