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5 mai : collectif, politiques et supporters derrière la même banderole !

jeudi 2 février 2012, par Journal de la Corse

Plus aucun match le 5 mai. La doléance était on ne peut plus légitime en Corse. Sur le continent, il a fallu du temps.

« La Fédération Française de Football et la Ligue de Football Professionnel ont décidé ce vendredi d’un commun accord qu’aucune rencontre comptant pour une compétition professionnelle ou amateur ne se jouera ce 5 mai 2012 sur l’ensemble du territoire, en mémoire des victimes du drame de Furiani qui a eu lieu il y a 20 ans, le 5 mai 1992 ». Ce communiqué du 27 février, voilà longtemps que Laura Guidicelli et sa sœur Josepha l’attendaient. Elles qui ont eu la douleur de perdre leur père ce terrible 5 mai vers 20h20 ! Ce maudit soir là, c’est la Corse entière qui est touchée. Aujourd’hui encore le traumatisme est grand. L’effondrement de la tribune Nord qui a fait 18 morts et plus de 2300 blessés reste la plus grande catastrophe jamais connue dans le monde du football français. Aussi ne comprenait-on pas pourquoi les instances du football français, contrairement à leurs homologues britanniques (rapport aux drames d’Hillsborough et du Heysel) n’accordaient qu’une importance minime à cette date. Et c’est donc logiquement que ce collectif demandait à ce qu’aucun match de football professionnel ne soit plus dorénavant joué en France un 5 mai. Dans ce dossier certains plaidaient pour maintenir des rencontres le 5 mai avec ce jour là des commémorations et des minutes de silence sur tous les stades de France. Afin de ne pas oublier. Le collectif a lui choisi, l’option radicale : « Que ce soit les familles des victimes ou les victimes elles-mêmes, tous souhaitaient ne plus voir un match disputé ce jour là. » souligne Josepha. « Notre collectif qui a fait circuler une pétition sur Internet a reçu à ce jour plus de 40.000 signatures. Nous avons été touchées ma sœur et moi par la solidarité qui s’est créée spontanément aussi bien dans le milieu sportif, que culturel et même politique. Certains grands clubs professionnels comme l’OM, Lyon, Auxerre ou Laval pour ne citer que ceux-là, nous ont rejoints. Touchées aussi de voir fleurir des banderoles dans les différents stades corses et continentaux ».

5 mai 2012… mais après ?

« Nous sommes évidemment satisfaites de la décision prise par la FFF et la LFP » déclare Josepha Guidicelli. « Ces organismes ont enfin pris conscience de notre démarche. Le mot victoire ne me semble toutefois pas approprié car il ne s’agissait pas d’un combat mais d’une démarche humaine et légitime. Mais aujourd’hui on doit aller plus loin encore et pérenniser cette décision car elle ne concerne pour l’heure* que le 5 mai 2012 ». La ligue Corse de Football par la voix de son président Marc Riolacci s’est également fait l’avocat du collectif : « Cela faisait près de 8 mois que nous nous battions pour que le 5 mai soit reconnu, tout du moins, déjà, à l’occasion du 20ème anniversaire de cette tragédie. Pour la Ligue, aucun match, à quelque niveau que ce soit, ne devait se disputer ce samedi là. La mobilisation en Corse, sous l’égide du Collectif, puis sur le continent notamment sur le pourtour méditerranéen, a permis de faire remonter un dossier costaud auprès des instances parisiennes. La Fédération s’est alors fait le relais de la position des clubs corses. Le président Louvel, très puissant au sein de l’Union des Clubs Professionnels de Football, comprenant la charge affective et émotionnelle de ce dossier, a fait volte-face et pris notre défense ». Marc Riolacci est bien conscient que ce n’est qu’une étape : « La décision prise l’est pour le 5 mai 2012. Il nous faudra dès lors jeter les bases, toujours dans un esprit constructif, de ce que pourrait être la célébration du 5 mai dans les années à venir. Quel que soit le jour ! Il y aura sûrement des solutions différentes selon le jour mais en tout état de cause, il faut bien comprendre que tout ne sera plus comme avant et qu’on ne pourra pas laisser un 5 mai sans commémoration ».

Et les politiques ?

La classe politique corse a aussi beaucoup contribué à l’avancement du dossier. Les 4 parlementaires ont été reçus par les instances du football et par le ministre des sports, David Douillet. Le député de la Haute-Corse Sauveur Gandolfi-Scheit met d’ailleurs en avant le rôle du ministre : « Je tiens à souligner la forte implication de David Douillet, qui viendra d’ailleurs en Corse le 18 février prochain, dans ce dossier ». Un dossier loin d’être terminé pour le maire de Biguglia qui entend obtenir la sanctuarisation définitive du 5 mai c’est à dire suppression de cette date dans les calendriers de la FFF et de la LFP. Quant au ministre des sports, saluant "l’esprit de responsabilité de l’ensemble des parties prenantes". Il précise que « cette décision est le fruit du travail de concertation du gouvernement, mené par le ministre des Sports avec les parlementaires, les élus de Corse, la Fédération française de football et la Ligue de football professionnelle ». Paul Giacobbi, le président du Conseil exécutif s’est bien sûr lui aussi réjoui de la décision conjointe de la FFF et de la LFP ajoutant toutefois ne pouvoir se satisfaire pleinement de ce dénouement car « cette mesure ne répond que partiellement à une revendication portée par l’ensemble de la communauté insulaire ». « Je continuerai à demander avec force la suppression de toutes les compétitions de football et dans toutes les catégories à la date anniversaire de ce drame qui a marqué la Corse à jamais ».

Ph.J.

* mercredi 1er février, le collectif avait rendez-vous à Bastia avec le Président de la FFF, Noël Le Graët.

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