Quelques jours après l’installation de la nouvelle Assemblée territoriale de Corse, les présidences des agences ou offices et les délégations des conseillers exécutifs distribuées, chacun s’est attelé à sa tâche. L’été s’est avéré être très studieux pour les membres du Conseil exécutif qui ne se sont accordés que quelques jours de répit. A la rentrée, plusieurs dossiers dans divers secteurs exigent des solutions immédiates et feront l’objet de séances de travail spécifiques. Tour d’horizon qui n’a rien d’exhaustif tant les sujets qui animent le débat public sont nombreux, des urgences à traiter. Les prisonniers corses La question du rapprochement des détenus corses incarcérés sur le Continent figure certainement en pôle position des dossiers à solutionner. Pour le dernier gros week-end du mois d’aoà »t en termes de départ et arrivée des vacanciers, les associations de soutien aux prisonniers et à leur famille ont démontré leur pouvoir de nuisance. Deux barrages à des endroits stratégiques (sur la route d’accès à l’aéroport d’Ajaccio et devant le port de commerce de Bastia) dressés en milieu de matinée et ce sont des kilomètres d’embouteillages qui se forment, des milliers de vacanciers qui sont bloqués et des perturbations dans les rotations des moyens aériens et maritimes. Pendant les Journées internationales de Corte, Corsica Libera avait prévenu : le rapprochement des prisonniers est la condition sine qua non à une solution politique globale. Lors de la dernière session de l’Assemblée territoriale avant la trêve estivale, le président du Conseil exécutif Paul Giacobbi avait réaffirmé toute sa détermination à voir se concrétiser la motion votée à l’unanimité en faveur du rapprochement des prisonniers corses. Le 4 aoà »t, avec le président de l’Assemblée de Corse, Dominique Bucchini, ils ont écrit une lettre commune au premier ministre, François Fillon. Ils ont sollicité un rendez-vous avec les membres du gouvernement concernés et seront accompagnés des parlementaires insulaires et les présidents des groupes élus à l’Assemblée. Un rendez-vous devrait être fixé prochainement. Les prisonniers du centre pénitentiaire de Borgo se sont eux aussi invités dans le débat récemment. Ils ont affirmé leur intention de peser dans la politique d’affectation carcérale et ont demandé à rencontrer les responsables politiques. Ils ont observé symboliquement une grève des plateaux repas pendant une journée. Des Assises pour le foncier et le logement Le logement et le foncier demeure la question cruciale de la société corse depuis quelques temps. Pendant la campagne des élections territoriales, le problème des insulaires pour accéder à la propriété ou être logés à des prix raisonnables a été relayé par l’ensemble des candidats. Faut-il créer une citoyenneté corse pour enrayer la spéculation foncière et immobilière ? La question divise, les courants politiques traditionnelles ne considèrent pas l’instauration de cette citoyenneté régionale comme la solution à un problème récurrent. Corsica Libera réclame la création d’une citoyenneté corse, accordée après dix années de résidence permanente sur l’île défendue pour immobilière pour limiter la vente de terrains et de biens immobiliers aux continentaux et aux étrangers. La compatibilité de cette spécificité avec le droit doit encore être démontrée puisqu’elle induit une différence de traitement entre les citoyens ce qui est contraire à l’article premier de la Constitution française. Les Assises du logement et du foncier réuniront autour de la même table tous les acteurs concernés. De nombreux Corses rencontrent des difficultés à se loger en raison des prix exorbitants des maisons ou appartements à la vente comme à la location alors que les résidences secondaires se multiplient. Parallèlement se pose le problème des agriculteurs qui sont menacés dans leur activité en raison du déclassement des terres à potentialité agricole au profit de l’urbanisation. Concomitamment débutera l’élaboration de la deuxième version du Padduc qui devrait s’alimenter des pistes de réflexion qui se dégageront de cette table ronde. Centrales thermiques : les associations maintiennent leur cap Les associations de défense de l’environnement opposées à l’implantation de centrales fonctionnant au fuel restent déterminées à atteindre leur objectif : une production d’électricité sans fuel lourd en Corse. Cet été, les associations et le collectif de riverains de Lucciana ont bénéficié d’un soutien inattendu en la personne de Pierre Jarlier, sénateur du Cantal et maire de Saint-Flour. L’élu politique a envoyé une lettre au ministre de l’Ecologie, Jean-Louis Borloo, le 18 aoà »t pour attirer son attention sur le sort réservé à la centrale de Lucciana. Le sénateur considère que le fuel lourd est « particulièrement néfaste pour la santé et l’environnement  » et invite le ministre à opter pour une solution respectueuse des hommes et du milieu naturel. L’arrêté préfectoral qui acte l’emploi du fuel lourd en attendant le raccordement au gazoduc Galsi pour alimenter une partie des moteurs qui devront être convertibles au gaz naturel et qui devait mi-juillet lancer les travaux de construction de la centrale thermique de Haute-Corse a été renvoyé sine die. Le conseil municipal, majorité comme opposition, ont adopté une délibération qui réclame le fonctionnement de la centrale thermique au gaz naturel et l’utilisation du fuel léger pour la période transitoire. Entre temps, un nouveau combustible spécial corse a fait son apparition. Ce n’est pas un leurre, cette proposition provient de MAN France, le constructeur des moteurs, et a été validée par EDF. D’après les études, ce fuel lourd spécial Corse présente l’avantage d’avoir des émissions de souffre quatre fois inférieures et des émissions de particules nettement réduites que pour le fuel léger. Quant au raccordement de l’île au Galsi, les associations n’en sont pas assurées. Cet été, les médias algériens ont fait souffler un vent de panique à ce sujet en publiant des travaux d’experts. Les perspectives d’approvisionnement du marché algérien en gaz pour la période 2010-2018 prévoient en effet une hausse de la demande intérieure mais le pays ne dispose pas pour autant disposer de nouveaux gisements. La Sonatrach, première compagnie d’hydrocarbures en Algérie, pourrait ainsi s’avérer être dans l’incapacité d’honorer ses engagements en matière d’exportation. Le ministère de l’Ecologie a immédiatement réagi en affirmant que la construction du gazoduc n’était en rien remise en cause. En attendant, les travaux n’ont toujours pas commencé…pour aucune des infrastructures, terrestres comme maritimes. Vers une remise à plat de l’aide sociale pour les transporteurs maritimes Une session spéciale concernant exclusivement la question des transports doit réunir les 51 élus de l’Assemblée à l’automne, vraisemblablement en octobre. Le positionnement de la Mobylines sur la ligne Toulon-Bastia depuis le 1er avril inquiète les marins de la SNCM dont les parts de marché sont chaque été davantage grignotées par la Corsica Ferries. Les pistes évoquées par le rapport du sénateur Charles Revêt seront examinées et approfondies lors de cette session. Le système d’aide sociale au passager devrait être entièrement remis à plat ainsi que les contours de la délégation de service public afin de répondre aux attentes et à l’intérêt des usagers. Parallèlement, la Collectivité devra également se pencher sur la compagnie régionale aérienne, la CCM, dont la compétitivité est menacée par l’ouverture du ciel corse aux compagnies low cost. Le rapport rendu par la Chambre régionale des comptes au printemps, qui pointait certains dysfonctionnements, devrait servir de base à une vaste réflexion sur l’avenir de la compagnie. M.K Â