Nicolas Sarkozy, les Roms, la Corse et toutes les autres exceptions Nicolas Sarkozy a voulu la jouer fine en décrétant la chasse aux Roms. Deux semaines après son offensive sécuritaire, il a obtenu un résultat et un seul : le Pape, l’ONU, l’Europe, la Chine et une partie de la droite (sans oublier bien entendu la gauche) condamnent son offensive à caractère ethnique et isole un peu plus la France. Quant aux syndicats de policiers, ils font remarquer que cette initiative tout comme celle visant à retirer leur nationalité à des « Français d’origine étrangère  » est totalement inapplicable. Seul gagnant de l’affaire : le Front national qui peut se targuer d’être l’original quand le petit maire de Neuilly s’évertue de copier sa démarche. La Corse avait, une fois encore, montré cette triste voie, après l’assassinat du préfet Erignac. Les populations les plus marginales Un système politique s’essaie en permanence aux marges de son territoire. Les cités comme la Corse ou encore les lointaines Antilles, deviennent alors des champs d’expérimentation d’attitudes qui deviendront peuvent être un jour la norme. La chasse aux Roms est évidemment scandaleuse sur le plan moral. Pour des faits commis par dix personnes, on stigmatise une communauté entière. Elle l’est plus encore lorsqu’on la rapproche des persécutions permanentes subies par la communauté rom à travers toute l’Europe. Mais plus loin encore, c’est la détestation du sédentaire vis-à -vis des migrants. C’est l’opposition fondamentale de l’homme du néolithique au chasseur- cueilleur. Nous devrions-nous, Corses nous souvenir que ce fut là une des grandes sources de violence quand les bergers brisaient les enclosures pour faire passer leurs troupeaux. Mais éloignons-nous un peu de la situation présente : le président dénonce ceux qui, selon ses critères, sont « incapables  » de s’intégrer. Il devrait d’ailleurs plutôt parler d’assimilation. En d’autres termes, il faudrait que dans la république centralisatrice et jacobine, tous les citoyens se ressemblent, adoptent une seule et même religion. Cela mène au contraire de la tolérance et de la diversité. Or la Corse souffre exactement de ce mal français qui veut que l’indivisibilité de la République rime avec uniformité. Là encore, la révolution française n’a fait que remplacer une monarchie de droit divin par une république érigée en religion laïque. En tentant d’ériger une société sans différences, elle se lance dans une quête impossible. Et devant l’échec elle stigmatise les populations les plus marginales : pauvres, gens de cités, immigrés, corses etc. Des moyens d’exception Or la lutte contre les exceptions génère une répression d’exception. En Corse, nous sommes confrontés depuis la fin de la guerre d’Algérie à des exceptions multiples : exception de la police, exception de la justice. La Cour de sà »reté de l’état, dissoute en 1982, a laissé la place à la justice anti-terroriste, plus terrible encore car elle a effacé les avantages que possédaient ceux qui en subissaient les foudres. Et voilà que la crise produisant des formes de délinquance contre lesquelles la justice dite ordinaire se casse le nez, on a créé une justice ordinaire d’exception, pardonnez l’oxymore ou le paradoxe. Les JIRS représentent une politisation de la lutte contre les délits de droit commun. Au lieu de les traiter de manière commune, on en fait, campagne médiatique aidant, des croque-mitaines destinés à justifier la militarisation croissante de la société. Car il s’agit bien de moyens dignes d’une guerre civile larvée : policiers en commandos, garde-à -vue prolongée, détention préventive allant jusqu’aux limites du légal… Lorsqu’on constate les résultats de cette répression d’exception, on reste frappé par son inefficacité réelle. Mais elle produit de l’événement et paraît justifier la dramatisation créée par le président en vue des présidentielles. Cela s’accompagne d’une prise d’otages systématiques : les proches de personnes suspectées sont systématiquement persécutées afin de créer une ambiance oxyogène. Cela est vrai pour les présumés innocents comme pour les condamnés comme en témoigne l’indigne attitude du gouvernement dans l’affaire du rapatriement des prisonniers corses. La seule attitude à avoir en de telles conditions est de créer des mobilisations exceptionnelles, pacifiques mais déterminées destinées à mettre les représentants de l’état devant leurs responsabilités et leurs mensonges. C’est en quoi l’affaire des Roms nous concernent tous et que leur sort est aussi un peu le nôtre. Gabriel Xavier Culioli Â