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CHRONIQUE

vendredi 20 août 2010, par Journal de la Corse

Les clones de Nicolas Sarkozy ou la voix de leur maître Xavier Bertrand a désormais remplacé Nicolas Sarkozy dans le rôle du comique voyageur français en terre de Corse. Ce clone est l’un des missi dominici du président qui vient apporter dans notre île rebelle la bonne parole du monarque parisien. Et, transfiguration étonnante, lui et ses pareils adoptent au fil des années l’élocution saccadée de leur maître ainsi, hélas, que ses fautes de syntaxe… L’identité française façon Auteuil Neuilly Passy quoi ! Les Pathé marconi français Autrefois le fabriquant de disques Pathé Marconi vantait la qualité de ses produits en accolant l’image d’un petit chien àl’œil cerclé de noir àcelle d’un gramophone avec ce seul slogan : Pathé Marconi, la voix de son maître. Il me semble que les hommes politiques français, monarchie républicaine oblige, pourraient également incarner une telle publicité et remplacer le toutou avec avantage. La voix d’abord. Pompidou avait adopté le ton déclamant du général de Gaulle et Jacques Chirac a gardé toute sa vie l’élocution du président Pompidou qu’il vénérait. Au Parti communiste, Georges Marchais rompit avec le style déclamatoire de Maurice Thorez (plus personne ne se souvient de l’intermède Waldeck Rochet) et, du coup, tous les seconds couteaux communistes firent du Marchais sans le savoir allongeant le verbe jusqu’àl’ennui afin de paraître rassurants. Avec François Mitterrand c’est encore plus évident. François Hollande (comme bien d’autres d’ailleurs) a gardé les stigmates phonologiques de son « patron  » alors même que ce dernier tutoie Dieu. Il y a dans ce mimétisme tous les symptômes du mal français : un chef mais cent chefaillons qui rêvent d’un jour le remplacer. En attendant ils se coulent dans le moule de l’idole. Pourtant avec Nicolas Sarkozy, le modèle français a atteint le comble du ridicule. Un Français d’autre part Nicolas Sarkozy possède tous les signes du Rastignac. Il a certes pris d’assaut la France mais il ne le connaît pas. Ou plutôt il ne la sent pas. Il est comme ces croyants qui n’ont que Dieu mais àla bouche mais au fond ne cessent de douter de son existence. Sarkozy lit les discours barrésiens de son nègre Guaino sans vraiment comprendre le lyrisme outrancier de ce dernier. Il est vrai qu’une éducation àNeuilly ne permet guère de ressentir la France profonde et de comprendre toutes ses ambiguïtés. Le problème de Sarkozy réside dans son absence de légitimité historique (ou ce qu’il pense être son absence de légitimité historique). Un père hongrois et une mère fille de Grec naturalisé produisent un métissage qui pourrait être le signe d’un magnifique cosmopolitisme àla condition d’être assumé en tant que tel. Au lieu de cela, le petit maire de Neuilly semble en permanence refuser son propre naturel qui évidemment se rappelle àlui avec fureur. Ainsi ses mariages successifs avec des femmes de culture étrangère (j’y inclus la Corse-. J’en parle d’autant plus àl’aise que je suis l’enfant d’un Corse et d’une Suédoise. Le dernier des Bourbons, Louis XVI se maria avec une Autrichienne qui n’avait guère d’affection pour la France et qui le lui montra. Cela s’acheva sur la guillotine quand une partie de l’aristocratie jugea le monarque incapable d’assumer sa tâche. Car Nicolas Sarkozy sera poignardé par les siens. Et les Brutus ne manquent pas dans les rangs de son propre parti. Les perroquets du pouvoir Nicolas Sarkozy ne sait pas où il va. C’est évident. Il n’a pas d’autre stratégie que de se faire réélire en 2012. C’est un programme un peu court pour la France. Il pratique donc la politique des « coups  » sans même se rendre compte qu’il a introduit ses petits pieds dans des traces anciennes : celle de la droite et d’une partie de la gauche qui, àla fin des années 30, lâchèrent mois après mois sur les fondamentaux de la démocratie et s’enfouirent dans l’indignité pétainiste. Car avec la décision de stigmatiser une partie des Français dits d’origine étrangère (mais au fait n’en est-il pas un notre président ?) Sarkozy nous fait vivre un petit Munich quotidien. Sait-il notre ministre inculte que l’extrême-droite factieuse de l’avant-guerre désignait déjàles Roms (et les Juifs) comme une sous- race ? Sait-il que ces mêmes élus « dénaturalisèrent  » des centaines de milliers de personnes au prétexte qu’ils étaient des « bandits étrangers  » (la plupart du temps des communistes réfugiés) ? Sait-il que cette direction fut celle qui mena aux Sections spéciales avec des lois àeffet rétroactif ? Nous n’en sommes pas làme rétorquera-t- on. Mais jamais ceux qui acceptèrent les débuts du glissement n’auraient accepté la fin de la triste histoire. Ils auraient argué de la sécurité nationale, de la dangerosité des populations itinérantes. Alors la fin pour les Roms ? 240.000 gazés àAuschwitz. On sait toujours comme les dérives commencent, jamais comment elles s’achèvent. Le pire est que tous les petits caciques UMP qui la veille encore n’avaient jamais réfléchi au soi-disant problème des Roms, l’ont traité comme un problème majeur, la voix du maître oblige. Et tous d’opiner du chef quand leurs supérieurs demandent deux ans de prison pour les parents de délinquants. Voilàdonc rétablie la loi des otages qui condamnent des personnes étrangères aux faits reprochés. On ne juge plus un individu mais des familles, des fratries, des populations. Alors oui le Front national a bien raison de revendiquer des droits d’auteur sur cette prose de sinistre mémoire. Gabriel Xavier CULIOLI   

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